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Caféothèque : De la rive droite de la Seine à la capitale des saules. Mission Secrète à Pyongyang

Dernière mise à jour : 16 févr. 2022




susceptible de leur ouvrir non seulement les portes du monde mais celles des sens…

Ecrit par Alain a.



SAVEZ-VOUS qu'il y a une petite dizaine d'années, quelque part un pays a réussi en deux fois sept jours et dans une insoupçonnable discrétion, à :


a – organiser le transfert de trois machines de haute technologie – les meilleures dans leur catégorie – liées au deuxième produit d'exportation de par le monde (en volume, après le pétrole) ?


b – importer l'équipement permettant de créer à partir de zéro un premier laboratoire d'étude et analyse et fabrication experte du deuxième liquide consommé par les êtres humains sur la planète (en volume, après H20) ?





c – convaincre trois des personnes parmi les mieux placées à franchir 8765 kilomètres à vol d'oiseau dans le but de passer douze autres jours au sein étroitement surveillé de l'une de ses nombreuses, fastes et mystérieuses résidences d'État ?

Et tout cela (l'acquisition des équipements, le labo, les professeurs) afin de former en dix jours seulement – mais dix jours qui ébranlèrent le monde aurait jadis titré John Silas Reed – quarante-six de ses ressortissants à un programme d'élite susceptible de leur ouvrir non seulement les portes du monde… mais celles des sens ?


Savez-vous en outre que ce même petit pays (en fait non, ne pensez pas petit) avait su en une seule nuit, la veille in extremis du premier matin de ce “programme de formation”, faire traduire en l'alphabet mythique de sa langue (non latine), puis mettre en pages et dans la foulée éditer à quarante-six exemplaires (si on ne tient compte d'exemplaires surnuméraires et secrets) un ensemble de deux Manuels de cent deux pages en tout abondamment documentées livrant tous les secrets que l'on peut rêver sur ce très extraordinaire liquide et sa fabrication ?


Devinez-vous quel pays fut l'instigateur et le commanditaire de ces exploits ?

La Suisse ? Non, regardez plus loin… Le Vatican — tss. Le Bouthan, le Wakanda ? Un jour peut-être. Cuba ? Il y a de l'idée mais ils n'en n'ont nul besoin, cherchez à l'Est. — La Chine ? Infiniment trop grand, cependant vous brûlez.

Car le laboratoire ultramoderne monté en moins de 15 jours ; les machines dans le même laps de temps achetées, transportées, testées, mises en service ; la matière-or première sélectionnée, mise sous vide, emballée, importée ; les formateurs séduits, convoyés, convaincus de se taire et accueillis, éblouis, et nourris et choyés ; et les manuels traduits en hangeul à la vitesse de Cholima ? Tout cela s'est fait pour de vrai, tout cela s'est joué… entre Paris et Pyongyang à l'automne 2012. Le pays qui donc a tout initié, c'est 북조선, la République populaire démocratique de Corée.


Installation machines, sous l'aile de Bernard Chirouze

dix jours qui ébranlèrent le monde...


Lequel pays, considéré comme un des plus fermés du monde, là pour le moins s'est entrouvert. Lequel pays, mesuré l'un des plus pauvres de la planète et des plus démunis, là, comme en bien d'autres fois sur des enjeux autrement lourds, techniques et graves, a su déployer d'opiniatres ressources, et très vite et très efficacement. Lequel pays n'a pas de reconnaissance officielle en France mais une représentation chuchotée dans le XIVe arrondissement, et de temps à autre à Paris quelque émissaire. Or c'est par le fait sur ordre d'un de ces émissaires non reconnus, que la Caféothèque de Paris, Salon de cafés de spécialité de rang mondial, Haut lieu parisien de dégustation de cafés de terroir, Site premier d'élaboration de la Caféologie, étude et classement des grands crus de café de par la planète, a dépêché en North Korea trois Maîtres es café, trois professeurs, trois ambassadeurs : sa fondatrice Gloria Montégro, son mari Bernard Chirouze, ainsi que leur assistante Daniela Capuano. Afin d'assurer entre le 1er et le 10 octobre 2012 la formation à Pyongyang, en traduction simultanée par une interprète locale, de quarante-six jeunes gens, Coréennes et Coréens, à ces deux métiers qu'on ne saurait disjoindre, de barista et caféologue. Diplômés.


.En tant que produit d'exportation internationale,
le café vient en deuxième position, juste derrière le pétrole.

.Le café est la boisson la plus consommée au monde, juste après l'eau. Soit plus de 2 milliards de tasses bues chaque jour qui passe sur la planète.


2012 - En cette première année de la gouvernance de Kim Jung-Un, la Corée du Nord vise la constitution d'une brigade de goûteurs et préparateurs de haut vol qui ensuite assureraient un service d'exception. Celui-ci, dispatché entre grands hôtels et bars haut de gamme de Pyongyang encouragerait un tourisme d'affaires sinon de luxe en démontrant aux visiteurs étrangers et apporteurs de contrats que le pays ermite savait offrir du café le meilleur des mondes – douce expression, n'est-ce pas ? d'extraction et saveur un tant soit peu ironiques quand on songe que jusqu'ici l'expresso avait été dédaigné par le Juche car de longtemps associé au Capitalisme. Mais à la fin des fins le nectar ruissellerait, les baristas fraîchement émoulus essaimant à travers à travers la contrée cet incontestable transfert de technologie, de savoir-vivre et de plaisir pur initié par une audacieuse opération de blitz-formation.


« J'ai eu beaucoup de chance » sourit Gloria Montenegro, « Au départ quand Monsieur Ri nous a fait cette proposition, mon mari ne voulait pas. Je ne saurai dire comment il nous a convaincus, si c'est par l'extraordinaire surprise que nous fit sa demande, ou si c'est autre chose. Certes, Monsieur Ri était en quelques mois devenu un habitué de notre Caféothèque mais il était si poli et discret, si silencieux que jamais nous n'aurions imaginé qu'il avait une langue… Ni qu'il nous parlerait un jour. Et pour proposer quoi ?

De nous rendre dans un pays mis au ban des nations, invités par son gouvernement, afin d'y former trente baristas (il avait dit 30).

Et sous quinze jours : car cela se passait le 13 septembre et Monsieur Ri venait de prononcer que notre mission devrait débuter le 1er octobre, sine qua non. Là, Bernard a fait “Ok, mais notre condition à nous c'est que votre gouvernement achète tout le matériel qu'on dira. Et l'importe. Et l'installe. En quinze jours.


Et peut-être que mon mari disait ça pour ne pas avoir à répondre, ne pas avoir à refuser. Sauf que Monsieur Ri a tiré de sa poche un petit carnet noir, et puis un stylo rouge et il a juste dit : “Je vous écoute.” »


Je n'ai jamais entendu l'un d'entre eux se plaindre du système, se plaindre des horaires, se plaindre de quoi que ce soit. Seul comptait l'apprendre. Ils avaient une droiture, une envie, un élan.

Peut-être aussi que la proposition de Monsieur Ri avait toqué en eux quelque chose de très profond. Ils font beaucoup de voyages, Bernard et Gloria, et souvent improbables, car par métier, passion et conviction ils défendent le café de terroir, ce fruit du lourd travail de petits producteurs indépendants qu'ils représentent à leur façon sensible, qu'ils vont rencontrer sous les Tropiques, à qui ils achètent directement les grains, avec qui ils signent des contrats honorables, des contrats qui respectent le produit, le travail et l'humain. Gloria Montenegro aime à dire que « le café est comme le vin. Sauf que le raisin est cultivé au Nord et transformé en vin au Nord faisant profit au Nord, tandis que le café est cultivé au Sud… mais torréfié au Nord, faisant profit au Nord. » Alors, aller à Pyongyang, former les baristas à venir d'un pays si contre tout, si contre ça, peut-être que ça touchait en elle le cœur…


« Monsieur Ri nous a confié que sa mission avait été de chercher le meilleur café d'Europe, et qu'il nous avait trouvés. La meilleure école, la meilleure opportunité pour son pays, et que c'était nous » se souvient la créatrice de la Caféothèque : « mais nous ne nous attendions pas à ce qu'au débarquement d'un Illiouchine Il-62 sans commandes de vol électriques sur le tarmac bosselé de Pyongyang, les deux derniers étages d'une résidence d'État absolument déserte nous aient été réservés : au cinquième la suite présidentielle, et l'entier sixième prêt à être métamorphosé en École de café dernier cri — avec salle de cours équipée pour la traduction simultanée, et laboratoire rutilant assez vaste pour qu'une cinquantaine d'élèves, professeurs et traductrices y œuvrent de concert, au moyen d'une impeccable Gs3 Marzocco, la rolls des machines professionnelles, une Rancilio 2 groupes prêts à rugir, deux Jura d'entreprise, des moulins Masser, des mallettes caféologue baroudeur ou gipsy barista, tout ce qu'il faut de tasses, verres, gobelets, pichets, pot à lait, tasseurs, bodum, shakers, plateaux, cuillères, vaisselle diverse… Mais aussi sucre blanc, sucre brun, sirops Monin, chocolats, et chiffons, éponges, torchons, tabliers. Et 40 kg de café issus de 20 plantations sélectionnées et torréfiés par nous-mêmes.

— Et encore, nous n'avions pas rencontré nos élèves ! »


Ces douze jours à Pyongyang furent un rêve.

« Certes nous sommes restés à résidence. Certes, nous n'avons vu la ville que surveillée. Certes nous avons fait cours de 8 heures chaque matin jusqu'au soir. Mais si une chose m'a frappée d'emblée, et si de cette expérience extraordinaire ne devait me rester qu'un seul fait, fait à chaque aube renouvelé, c'est la dignité des Coréens du Nord. Face à nous, autour de nous, toujours à l'heure, à la fois patients et empressés, respectueux et passionnés, et calmes, lucides et souriants, 46 jeunes Coréennes et Coréens buvaient nos paroles… comme on savoure un vrai café, découvrant le protocole analytique avec un sentiment d'ouverture et un tel désir d'apprendre ! Et cachant sans paraître y penser une seconde leurs grandes difficultés de vie. Tous déjà professionnels, déjà liés au café à des degrés divers. Nous avions des déjà-baristas, des barmen, des torréfacteurs, des agriculteurs. Des serveuses, un chimiste, un ancien pécheur…


à suivre… deuxième partie dans Onomad mars

La Caféothèque 50 rue de l'hôtel de ville, Paris

métro Pont-Marie. 9h-19h tous les jours

















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