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'La Campanule' en 1987, Film nord-coréen par Patrick Maurus


La fin des Années Quatre-Vingt en RPDC va voir produire coup sur coup deux des plus grands succès, non seulement durables, mais exportés.

Pendant que le monde socialiste est agité par des changements extraordinaires (Gorbachev et Deng Xiaoping), Hong Kiltong et Rrim Kkôkjông vont imbiber les imaginaires des spectateurs de tous âges appuyés par le récemment créé Festival du Film de Pyongyang.


Mais c’est surtout une époque qui va voir une évolution très nette des scénarios, anticipant sur ce qui se fera aussi dans le roman. Sans interdire en rien les films de guerre (antijaponaise ou antiaméricaine), le cercle familial va s’imposer comme décor et comme sujet.

La division de la péninsule coréenne devenue durable, les sociétés des deux Corées se différencient chaque jour davantage. De nouvelles relations sociales prennent forme dans Pyongyang complètement reconstruit ou dans les campagnes où la réforme rurale est achevée. Le cinéma va s’emparer des possibilités nouvelles, dans le respect de la ligne politique.

Ttoraji kkot,








Une Campanule (Cho Kyông sun, 1987), en est un parfait exemple. Le vieux Won Bong revient dans son village avec son fils. Longtemps auparavant, avec la femme qu’il aimait, il débordait d’idées pour le développer. Mais il avait fini par partir pour Pyongyang, choisissant de privilégier son avenir personnel, s’engageant à ne jamais revenir. La femme abandonnée et sa soeur sont restées pour développer le village. Won Bong et son fils reviennent donc au village. Seul le fils y entre, implorant le pardon pour son père, pour apprendre que Song Rim est morte en tentant de sauver ses chèvres et que sa soeur est maintenant cheffe du village. L’une après l’autre, les deux soeurs l’ont extraordinairement développé, ce qui nous vaut entre autres certaines scènes irréalistes même 25 ans plus tard (maison commune, armada de tracteurs neufs).



Le film remportera le grand prix du premier Festival du Film

des Pays Non-Alignés de Pyongyang.







Film 'La Campanule' 1987

YOUTUBE :

sous-titres anglais

Broad Bellflower

(도라지꽃)










Nous sommes donc à mille lieux de la grande époque héroïque, ou plus exactement l’époque des héros attendus : les soldats. Ce sont maintenant les travailleurs ‘ordinaires’ qui viennent au devant de la scène, révélant de nouvelles situations qui sont autant de ressorts dramatiques, et qui sont rendues possibles par la mise en place difficile d’une nouvelle société avec de nouvelles contradictions. Tout le monde ne comprend pas de la même façon ces réalités inédites et ce sont ces différences qui constituent le moteur des scénarios originaux. Passé / présent, ville / campagne, Individu / groupe en sont les éléments structurants.


Les femmes occupent une place particulière dans ce film, la première en fait. Elles sont une sorte de superlatif du héros, dans la mesure où leur décision de se consacrer à la collectivité au détriment de leur trajectoire personnelle apparaît plus remarquable encore, car elle empiète même sur leur vie privée. Si l’on veut, la vie privée devient le baromètre du dévouement et de la rectitude politique.

Que ce soit à la campagne (où il faut rester sans aspirer égoïstement à vivre à Pyongyang) ou en ville, on nous dit que chacun a désormais ce qu’il faut pour vivre une vie heureuse et familiale, heureuse car familiale. Et tout cela grâce aux choix effectués par ces héros ordinaires qu’on nous donne en modèles.


Au même moment, le titre du film Sesang’e purôm ôpsôra, (de Pak Hak) va donner son slogan à la RPDC : Nous n’avons rien à envier au monde, qu’on trouve peint sur des milliers de murs et de banderoles à travers le pays. Il correspond exactement ce que le pays veut dire, même si cela ne s’adresse pas à l’étranger. Et il permet de comprendre ce que le ‘réalisme juchéen’ signifie : dire en même temps le réel tel qu’il est et le réel tel qu’on voudrait qu’il soit.



Patrick Maurus : auteur

Les Trois Corées, Maisonneuve & Larose/Hémisphères, 2018, 192 p.

Patrick Maurus « La Corée du Nord se rêve en futur dragon : Dictature et marché », Le Monde diplomatique,‎ février 2014

La Corée dans ses fables, Actes Sud, 2010

La Mutation de la poésie coréenne moderne ou les Onomatopées fondatrices, 350 p. 2000

La Littérature coréenne devant le modernisme et le colonialisme ou l'ère des revues, 286 p. 2001

Le jour où les Coréens sont devenus blonds, 258 p., 2007


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