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Pachinko (roman) : Etranger au Japon : vivre au soleil jamais couché de la discrimination...

Etranger au Japon : vivre au soleil jamais couché de la discrimination


Lee Min-jin / Pachinko (roman)


Pourquoi est-elle si obsédée par les Coréens ? L'auteure a dû répondre à cette question lors d'une conférence à l'Université de Harvard en 2019 :

« Pour moi, les Coréens sont des mères, des pères, des filles et des fils. ‘Les Coréens’ sont comme 'nous'. Et nous méritons considération et réflexion. »


L'écrivaine Lee Min-jin a vécu avec son mari américano-japonais à Osaka, au Japon, pendant 4 années. Tout ce temps ils y ont été traités comme des étrangers. Ce que Lee a ressenti et compris la première fois qu'elle a entendu parler des Zainichi, c'est que même si elle était née et avait grandi au Japon, même si elle avait été issue de trois ou quatre générations de résidents permanents, son origine coréenne ne lui aurait pas permis de devenir citoyenne japonaise. « Tous les trois ans, un Zainichi doit renouveler son passeport en Corée, ce que je n'ai jamais vu ni compris. En d'autres termes, même si vous vivez au Japon, vous devez détenir une carte d'enregistrement d'étranger. L'inégalité et la discrimination existent constamment au Japon. »

Bien qu'étrangère, elle a cependant vécu à Tokyo une vie différente de celle qu'elle connaissait aux États-Unis, où les a priori anti Coréens s'affirment de façon directe. Par ailleurs, c'est en vivant au Japon qu'elle a créé le personnage principal de Pachinko, Seon-ja, né de rencontres avec des Zainichi liés au commerce du pachinko et de leurs témoignages confrontant vie japonaise et vie en Corée. Lee, qui n'avait jamais étudié l'histoire coréenne, a collecté 30 ans durant des données, de la conception de son œuvre à son développement et elle l'a écrite en éprouvant dans sa chair les préjugés vécus par les Coréens Zainichi au Japon.


Lee Min-jin (photo credit : bloomberg)


Coréenne américaine, Lee Min-jin, est arrivée à New York à l'âge de 7 ans. Elle a commencé sa vie comme immigrée dans le Queens, New York, et en garde le mauvais souvenir de "vivre à cinq dans un appartement d'une pièce avec des rats", a grandi avec le soutien de ses parents, qui travaillaient même le dimanche. "Ma curiosité s'est éveillée quand j'ai réalisé qu'au Japon d'innombrables Zainichi gémissaient au bas de l'échelle socio-économique alors que les Américains d'origine coréenne avaient un fort désir de rebondir". Lorsqu'ils vivaient en Corée, le père de l'auteure était vendeur pour une entreprise de cosmétiques. Son premier travail américain fut de tenir un kiosque à journaux à Manhattan. Par la suite, il ouvrit un magasin de vêtements et accessoires et a su envoyer ses trois filles à l'université. De 16 à 35 ans, Lee Min-jin a souffert de l'hépatite B, son foie s'est détérioré et elle s'est tournée vers l'écriture. La rencontre de son mari américano-japonais a été pour elle l'occasion de creuser ce qui l'intriguait chez les Zainichi. Son époux ayant été engagé par une société financière basée à Tokyo en 2007, l'écrivaine a commencé de rassembler des expériences Zainichis au haut comme au bas de l'échelle, telle celle des chaînes Maruhan de pachinko représentant des entreprises coréennes au Japon et celles de femmes de chambre. Tous les Zainichi rencontrés par l'auteur ont fait l'expérience du rejet absolu au moins une fois.


Les États-Unis sont également un pays qui n'a pas réussi à combler le fossé racial. Mais tandis que les Américains d'origine coréenne poursuivent le rêve américain et, dans de nombreux cas, le réalisent à leur façon, les Zainichi sont incapables d'échapper à l'éblouissement social que constituent traitement discriminatoire et restrictions institutionnelles à la citoyenneté. D'autant que c'est le gouvernement japonais lui-même qui ne les reconnaît pas, et dans les textes, du fait de cette obssession pour le "sang pur". Les Zainichis sont des gens tétanisés par une différenciation raciale.

Lee Min-jin est une romancière qui base son travail sur sa propre expérience de vie et reçoit de ce fait beaucoup d'attention des milieux littéraires et médiatiques américains. De son premier roman, "Free Food for Millionnaires", elle déclarait : "Je voulais montrer la romance, la passion et la colère des Coréens vivant en Amérique." Le personnage principal, Casey Han, grandit dans une famille d'immigrants coréens, se voit diplômé de l'Université de Princeton mais erre avant d'entrer à la faculté de droit. Cela parce qu'il affronte la réalité d'une société américaine dans laquelle il est difficile de surmonter la « limitation d'origine » au moyen de ses seules capacités. L'histoire du roman recoupe ainsi étrangement l'histoire de sa propre enfance et de ses jeunes années adultes en tant qu'avocate issue d'une prestigieuse faculté de droit. Dans l'avant-propos de son livre elle indiquait :

« (Nous) ne pourrons être acceptés dans le courant dominant de la société tant qu'elle conservera ses caractéristiques raciales. Le livre enregistre toutes sortes de problèmes tenus pour acquis aux USA à cause de pures différences physiques. »


Alors que les crimes de haine contre les Asiatiques aux États-Unis sont devenus un problème social, le 18 mars, dans le New York Times, elle a décrit les cas de discrimination et d'insultes qu'elle a elle-même subis en tant qu'Américaine d'origine asiatique, en disant : « Trop de gens dans ce monde ont des traits qu'ils ne peuvent pas changer, des traits à cause desquels ils sont méprisés et rejetés. » Elle appelle ce travail la « trilogie coréenne », combiné avec les deux romans publiés précédemment.


Étant considérée comme « Américaine » pendant son séjour au Japon, elle a pu échapper dans une certaine mesure aux préjugés anti Zainichi qui prévalent dans la société japonaise. Pour autant les Japonais n'ont jamais fait l'impasse sur ce qu'ils perçoivent comme une différence de lignée. Lorsque Lee a protesté parce que les travaux de réparation de son appartement à Tokyo avaient été bâclés, elle s'est vu répondre un « Vous, les Coréens, vous plaignez toujours. » Lorsqu'elle a insisté pour payer un bénévole sans abri qui préparait du curry lors d'un déjeuner à l'église, un croyant japonais a déclaré que le "sang coréen" de l'auteure était à l'origine de tout ce tapage.

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