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POP-UP VILLAGE QUI RÉINVENTE LA DIASPORA COREENNE. Comment la Corée a changé le monde grâce à sa diaspora — et ce que l'Afrique peut en apprendre

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  • il y a 10 heures
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Par la rédaction d'ONOMAD · Bobo-Dioulasso / Paris · Juin 2026

        Gyé, rassemblement social coréen


  • Au Burkina Faso, un groupe d'entrepreneurs rêve de créer des villages où les Diasporas Africains reviennent pour construire ensemble. En Corée, cette idée a déjà transformé un pays pauvre en géant mondial. Voici comment et pourquoi.


Imaginez trente personnes venues de Paris, Bruxelles, Montréal, Lagos et Ouagadougou. Elles ne se connaissent pas. Pendant quatorze jours, elles vont vivre ensemble, manger ensemble, travailler ensemble dans la même ville de l'Ouest africain. Elles vont visiter des fermes, rencontrer des entrepreneurs locaux, fabriquer des choses, apprendre les unes des autres. Et à la fin, peut-être, elles repartiront avec quelque chose de plus fort qu'un souvenir : un projet commun, une communauté vivante, un engagement mutuel.


C'est l'idée du Citizen D' Pop-up Village, qui se tiendra à Bobo-Dioulasso au Burkina Faso du 1er au 14 décembre 2026, 2e édition. Ce n'est pas une conférence. Ce n'est pas un séjour touristique. C'est un laboratoire humain. Une tentative de répondre à une grande question : comment les Africains dispersés aux quatre coins du monde peuvent-ils mettre leurs forces en commun pour construire quelque chose de durable dans leur pays d'origine ?

Pour y répondre, les fondateurs de Citizen D' regardent vers un pays qui a déjà réussi quelque chose de semblable : la Corée du Sud.


La Corée était pauvre. Très pauvre.

Il y a soixante ans, la Corée du Sud était l'un des pays les plus pauvres du monde. Elle sortait d'une guerre dévastatrice. Il n'y avait presque pas d'industrie. Pas de pétrole. Pas de grandes richesses naturelles. Pour beaucoup de Coréens, la seule issue était de partir à l'étranger chercher du travail.

Des mineurs ont rejoint l'Allemagne de l'Ouest. Des infirmières aussi. Des ouvriers du bâtiment sont allés dans les pays du Golfe persique. Des familles entières ont émigré aux États-Unis. Dans les années 1970 et 1980, des milliers de Coréens ouvraient des petits commerces à Los Angeles, New York et Chicago : épiceries, salons de coiffure, blanchisseries.

Ces gens n'avaient pas d'argent. Ils ne pouvaient pas aller à la banque demander un prêt. Personne ne les connaissait. Personne ne leur faisait confiance financièrement. Alors ils ont utilisé quelque chose de beaucoup plus ancien : la solidarité entre voisins.


« La Corée est le seul pays au monde, dans l'histoire moderne, à être sorti du piège du pays à revenu moyen pour devenir un pays riche. Aucun autre n'a réussi cela après la Seconde Guerre mondiale. »

Dr Jaehoon Yoo, économiste, séminaire Asia Centre Paris, juin 2026


Le gyé : quand la confiance remplace la banque

Le gyé est un système d'épargne très simple. Un groupe d'amis ou de voisins — dix, vingt personnes — se retrouve régulièrement. Chacun apporte la même somme d'argent. Et à chaque réunion, l'une des personnes du groupe repart avec toute la cagnotte. On fait le tour jusqu'à ce que tout le monde ait eu sa part. Pas de banque. Pas d'intérêts. Pas de formulaires à remplir. Juste la confiance entre personnes qui se connaissent.

Les Coréens de Los Angeles ont utilisé cet argent pour ouvrir leurs commerces. Quand leur épicerie marchait bien, ils aidaient un cousin à ouvrir le sien. Réseau après réseau, quartier après quartier, une véritable économie communautaire s'est construite, brique par brique.

Plus tard, quand la Corée est devenue riche et que des géants comme Samsung, Hyundai ou LG ont conquis les marchés mondiaux, le gouvernement coréen a compris une chose importante : ses expatriés n'étaient pas une perte. Ils étaient un atout. Il a créé des institutions pour garder le contact avec eux, pour les aider à investir dans leur pays d'origine, pour faire venir leurs talents et leurs capitaux.

Résultat : la K-pop que vos enfants écoutent, les téléphones Samsung dans vos poches, les dramas coréens que des millions de personnes regardent en Afrique, en Europe et en Asie : tout cela est aussi le fruit de cette diaspora qui a fait le pont entre la Corée et le reste du monde.



LA MÊME IDÉE, PARTOUT DANS LE MONDE

Gyé (Corée) — A permis à des milliers de Coréens d'ouvrir leurs premiers commerces aux États-Unis sans passer par une banque.

Tontine (Afrique de l'Ouest) — Souvent organisée par des femmes. Finance des maisons, des petits commerces, des formations.

Susu (Nigeria, Ghana) — Mobilise des milliards de dollars chaque année en dehors du système bancaire officiel.

Tandas (Mexique) — A aidé des centaines de milliers de Latino-américains à créer des entreprises aux États-Unis.

Ces outils existent depuis des siècles sur tous les continents. Ils sont fondés sur la même logique universelle : la solidarité est plus forte que la banque.


(photo : repas communautaire de Burkina Faso)


Et l'Afrique dans tout ça ?

Les Africains qui vivent à l'étranger envoient chaque année plus de 50 milliards de dollars dans leurs familles en Afrique. C'est plus que toute l'aide internationale reçue par ces pays. C'est immense.

Mais cet argent, la plupart du temps, sert à payer les factures du quotidien. Les études des enfants. Les soins médicaux. Le loyer. C'est nécessaire et admirable. Mais ce n'est pas du développement. Ce n'est pas de l'investissement. Cet argent entre, et il repart tout de suite par la fenêtre des dépenses courantes.

La question que posent les fondateurs de Citizen D' est celle-ci : comment transformer ces 50 milliards de solidarité familiale en moteur de développement collectif ? Comment passer de l'envoi d'argent à la construction d'entreprises ? De la survie à la prospérité partagée ?

C'est exactement le chemin qu'a parcouru la Corée. Et la bonne nouvelle, c'est que l'Afrique a déjà tous les outils nécessaires. Elle a les tontines. Elle a les réseaux de solidarité. Elle a la culture Ubuntu — cette philosophie qui dit : « je suis parce que tu es, je suis parce que nous sommes. » Il faut juste les organiser autrement.


« La diaspora africaine a l'argent. Elle a les talents. Ce qui lui manque, c'est l'organisation qui transforme la solidarité dispersée en force productive. L'Ubuntu peut faire pour l'Afrique ce que le gyé a fait pour la Corée. »

Pop-up Village Citizen D', Bobo-Dioulasso, 2026


Ce que l'Afrique peut apprendre de la Corée


Première leçon : rendre officiel ce qui marche déjà.

Les tontines fonctionnent. Partout en Afrique, des millions de femmes et d'hommes mettent leur argent en commun et se font confiance. Le problème, c'est que cet argent reste invisible pour les banques, pour les investisseurs, pour l'État. Il ne génère pas de crédit, pas d'investissement à grande échelle. En Corée, les gyés ont servi de point de départ pour accéder à des prêts bancaires. C'est ce pont qu'il faut construire en Afrique. Le Village Citizen D', en travaillant avec l'entreprise Nafaso à Bobo-Dioulasso, commence à construire ce pont.


Deuxième leçon : la culture africaine vaut de l'argent.

La K-pop, les films coréens, la cuisine coréenne : des milliards de dollars de revenus. La musique africaine, l'art africain, la cuisine africaine, la mode africaine : ce sont des trésors d'une valeur inestimable, largement sous-utilisés sur le plan économique. Le village Citizen D' intègre des espaces pour les artisans, des résidences pour les artistes : c'est le début de cette valorisation.


Troisième leçon : les États doivent s'engager. La transformation de la diaspora coréenne en force nationale est devenue possible quand le gouvernement coréen a décidé d'investir dans la relation avec ses compatriotes de l'étranger. En Afrique, les États soutiennent très peu leurs diasporas. Citizen D' travaille avec les Nations Unies, des associations belges et des entreprises locales burkinabè pour combler ce vide.


Trois erreurs coréennes à éviter absolument

Ne pas tout centraliser.

En Corée, quelques très grandes entreprises familiales contrôlent une énorme partie de l'économie. Résultat : les jeunes Coréens brillants fuient aujourd'hui leur propre pays, étouffés par la pression. La tontine, la coopérative, le village communautaire ne sont pas des formes d'organisation dépassées. Ce sont des forces. Il faut les développer, pas les remplacer par de grandes structures centralisées.


Ne pas se fermer sur son propre groupe.

Certaines communautés coréennes à l'étranger se sont repliées sur elles-mêmes, refusant les mélanges. Résultat : elles ont perdu leur créativité. Le mélange est une force. Citizen D' le prouve en rassemblant Africains, Coréens, Japonais, Européens, artisans et ingénieurs, anciens et jeunes : c'est cette diversité qui produit les meilleures idées.


Ne pas courir après la croissance à tout prix.

La Corée a beaucoup gagné en s'industrialisant. Mais elle a aussi perdu quelque chose de précieux : une vie communautaire tranquille, du temps pour les autres, un rapport serein à la nature. Dans un monde où les machines font de plus en plus de travail à la place des humains, les choses qui auront de la valeur demain ce sont : la nature préservée, la solidarité vraie, la vie à rythme humain. Le Burkina Faso a une chance unique de construire quelque chose qui respecte ces valeurs dès le départ.



Ubuntu : le trésor africain qui change tout

Ubuntu. Ce mot, en langue zouloue et dans de nombreuses langues africaines, résume une façon d'être au monde : « Je suis parce que tu es. Je suis parce que nous sommes. »

Cela veut dire quelque chose de très concret : ma réussite dépend de la tienne. Mon bonheur est lié à celui de ma communauté. Ce n'est pas du sentimentalisme. C'est une organisation sociale qui a fait ses preuves pendant des siècles.

Voici la grande surprise : l'Ubuntu et le gyé coréen reposent exactement sur la même logique. Confiance entre membres d'un groupe. Responsabilité partagée. Aide qui tourne jusqu'à ce que tout le monde ait eu sa chance. Ce n'est pas une idée coréenne ou africaine. C'est une idée humaine universelle, inventée indépendamment au Nigeria, au Mexique, en Inde, en Corée, partout fondée sur la même logique : la confiance et la responsabilité commune.

La différence, c'est que la Corée a su transformer cette solidarité naturelle en moteur économique à l'échelle d'un pays. C'est ce que l'Afrique peut faire à son tour — avec ses propres outils, à sa propre manière, selon ses propres valeurs.


« L'Ubuntu n'est pas un vieux souvenir à préserver dans un musée. C'est l'outil le plus puissant que l'humanité ait inventé pour construire une économie solidaire. Il attend juste son infrastructure numérique. »

Citizen D', document de vision, décembre 2025


Ce qui va se passer à Bobo-Dioulasso

Le Village Pop-up Citizen D'iaspora n'est pas une grande conférence internationale. C'est un groupe de trente personnes qui choisissent de vivre et de travailler ensemble pendant deux semaines. Elles visitent les fermes aquacoles de Nafaso et rencontrent les entrepreneurs et artisans de Bobo-Dioulasso. Elles découvrent l'écosystème du lac de Samandéni. Elles fabriquent, cuisinent, débattent, créent.

C'est exactement comme ça qu'ont commencé les premières associations de Coréens à Los Angeles. Pas avec un grand plan. Juste avec des gens qui se font confiance, qui mettent leurs forces en commun, et qui construisent quelque chose ensemble.


La Corée n'a pas de formule magique à offrir à l'Afrique. Son chemin a pris soixante ans, coûté beaucoup d'efforts humains, et produit des problèmes que les Coréens eux-mêmes veulent maintenant corriger. On ne peut pas copier ce chemin. On ne devrait pas essayer.

Mais on peut apprendre les grandes vérités que ce chemin révèle : que la solidarité communautaire, bien organisée, peut devenir un moteur économique puissant. Que la culture d'un peuple est une richesse économique réelle, pas un luxe. Que les États qui soutiennent leurs diasporas s'en portent mieux. Et surtout : que les changements les plus profonds commencent toujours par un groupe de personnes qui décident ensemble de construire quelque chose de nouveau.

En décembre prochain, à Bobo-Dioulasso, trente personnes vont tenter de commencer quelque chose. Peut-être que dans soixante ans, on en parlera comme d'un début.

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Sources : Rogers Brubaker, « The 'diaspora' diaspora », Ethnic and Racial Studies, 2005. Citizen D', Village Pop-up Bobo-Dioulasso, 2e édition, 2026. Dr Jaehoon Yoo, conférence Asia Centre, Paris, 18 juin 2026. Banque africaine de développement, Transferts de la diaspora, 2023.

 
 
 

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