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S.O.U.M. INTERVIEWS & entredances

Nous avons posé les deux mêmes questions aux 4 chorégraphes de l'édition III du Festival Soum, édition qui s'est tenue au Centre Culturel Coréen de Paris les 18 et 19 mai 2022 :


– Que signifie ta danse pour toi ?


– Quel est à tes yeux le cœur de la création que tu as présentée ? Quelle en est l'intention chorégraphique ?




AN Jae hyun

1. La danse est ma vie, la danse est moi-même. J'ai commencé à danser à l'âge de 6 ans, et depuis la danse a été mon moteur. Chaque fois qu'une crise est survenue dans mon existence, la danse m'a réveillée et m'a fait savoir que j'étais en vie.


2. Au cœur de la création d'Encore une bonne journée !, il y a eu la tristesse et la peur ressentie du fait de décès dans ma famille ou parmi des amis, suite à un accident, une maladie… C'est une œuvre chorégraphiée avec à l'esprit l'heure vague de la mort. Ses différents mouvements, Ssitgim ,Yeom, Salpuri, Sangyeo, je les ai joués à ma manière, à la façon d'une cérémonie funéraire intime, qui me serait destinée. Tout en étant basée sur la respiration et le mouvement propres à la danse traditionnelle coréenne, c'est une œuvre essentiellement fidèle à mes sentiments personnels et à mes émotions profondes.

1. Ssitgim (laver) Déposer des Jijeon (monnaies de papier) c'est comme se défaire de ses propres traces. La danseuse se lave des lourds fardeaux de sa vie, et cela symbolise sa propre tombe.

2. Yeom est l'un des rites organisés en Corée lorsqu'une personne meurt. À cette étape c'est le corps qu'on nettoie. Dans la création, la danseuse prend un moment pour cette cérémonie et elle se purifie.

3.Salpuri, également appelé Danse de tissu. On raconte que ces mouvements se sont développés dans le chamanisme. Alors dans ma création une musique chamanique spécifique à Salpuri m'accompagne. Car dans mon cœur, Salpuri révèle et reflète le dynamisme en œuvre depuis toujours (et aujourd'hui aussi) dans le processus d'images intérieures menant le danseur à la danse. Je voulais présenter Salpuri comme une danse qui soulage de tous les chagrins et toutes les tristesses de la vie, et nous rend plus léger le chemin vers l'au-delà.

4. Sangyeo. L'un des rites funéraires traditionnels en Corée consiste à décorer le cercueil de fleurs. Ici, la danseuse se pare elle-même de fleurs comme et elle fait marche sur le chemin de l'au-delà… mais dans le sens inverse des aiguilles d'une montre. Cela représente le temps avant la naissance, c'est donc un retour à l'origine.




LEE Sun-A


1. Pour moi, la danse est imagination, transformation et communication. L'intention de base est de l'ordre du rêve et de la guérison. Car je crois au pouvoir de guérison de l'art. Pendant que vous dansez, fermez les yeux et imaginez ce que ce serait d'être immergé dans un bain lustral. J'espère que je pourrai voyager quelque part pendant un certain temps et que la douleur et le chagrin enfouis en moi, et comme oubliés, pourront être guéris par la danse.


2. Un Cover s'inspire des fausses identités que l'on s'est créées par et pour les réseaux sociaux. De l'image de nous qui vivons donc derrière ces masques. Du pouvoir qu'on en retire, pense-t-on, dans la vie quotidienne que l'on soit faible ou fort. Comme il est effrayant et difficile de se voir ensuite sans ornement (ni masque, ni pose, ni filtres…), de faire face à l'image masquée de soi que l'on a inventée puis de rejeter cette façade !

L'œuvre met en question les valeurs sociales, de richesse, de “popularité”, etc. : les images du pouvoir entretenu par ces médias sociaux, qui se répandent sans raffinement aucun. Il me semblait nécessaire de revenir sur ces masques exagérément polis ou provocants qui ont pris la place de qui on est. Cette danse est un geste pour se déshabiller du masque, retrouver le vrai moi, et rencontrer la vraie liberté.

J'ai commencé à chorégraphier Un Cover à Paris, où je vis, un jour où j'ai eu le sentiment que les gestes et les expressions des gens ressemblaient à une sorte de mascarade. Les 10 minutes de la première version sont devenues 15 puis 20 avant l'œuvre achevée présentée lors du Festival Soum en mai 2022.


Lorsque je créais, c'était comme une sorte de jeu de rôle dans lequel vont et viennent les postures et les émotions de divers personnages. J'ai tenté d'exprimer différentes facettes, animales autant qu'humaines, telles que la façon instinctive de percevoir l'autre, la relation entre le supérieur et l'inférieur, la façon de relationner d'un politicien, d'un prétentieux… Au début je pensais “un masque c'est prétentieux”, mais lorsque me sont apparues les possibilités, justement parce qu'on porte un masque, de se faire plus libre, et plus courageuse, cela m'a semblé à la fois contradictoire et intéressant*.

Par le travail chorégraphique se sont ainsi dissipés les aspects négatifs et frustrants de la ‘persona’ (rôle social ou personnage joué)… Et c'était bien de pouvoir ainsi trouver et formuler ma propre réponse : parce que nous, les humains, sommes faibles, je pensais qu'une distance maintenue et une bonne armure d'apparence(s) feraient une force qui me protégerait. Était-ce bien vrai ?


Or, nous pouvons vivre avec un masque ou bien visage nu. C'est au choix et selon le désir de chacun. Mais la conclusion de ce travail chorégraphique est l'espérance que la figure, l'être profond et le geste libre qui sont les plus “moi-même” n'ont nul besoin de masque.





YANG Seugkwan

1. J'ai commencé à danser au temps de mon enfance errante. Constamment je me retrouvais à découvrir quelque chose à travers la danse… et à faire les choses en dansant. Je me souviens de tous ces après-midi de week-end à pratiquer en solitaire dans un studio déserté tandis que le soleil brille, et ce sont pour moi autant de souvenirs de printemps. Je pense que les manières, et ma personnalité, et la façon de traiter les gens naturellement, je les ai acquises grâce à la danse. Cet apprentissage est devenu un grand atout pour moi, une force motrice aujourd'hui dans ma vie.

Après avoir obtenu mon diplôme universitaire, la chorégraphie est devenue mon nouveau domaine d'apprentissage. C'est désormais pour moi un devoir et une joie de créer et faire œuvre d'art par la recherche, en collectionnant et matérialisant et transformant en danse divers éléments… Un nouveau moteur de mon présent et de ma vie. Mon intérêt pour la danse s'est transformé en amour, me pousse à réfléchir, à entretenir une vision du monde différente. Comme un défi, un apprentissage constant et un enregistrement de ce qui m'arrive. Oui, mes danses et mes pensées sont mes moyens d'enregistrer ma vie. Et c'est la plus grande bénédiction de ma vie que d'avoir rencontré la danse, cet art noble. Par là j'exprime ma constante reconnaissance envers mes parents qui tout petit m'ont encouragé à danser. Conserver ma relation forte à la danse est aussi un acte de piété filiale.


2. Je voudrais d'abord dire que ce travail a été ma plus grande bataille avec moi-même et que j'y ai retrempé ma volonté brûlante de chorégraphe et de danseur. Je pense que la danse solo est un travail vraiment difficile. M'affronter à ce défi me semblait nécessaire afin de réfléchir sur moi-même et évoluer en tant qu'artiste.

Comme le titre Try again, Fail again l'indique, j'ai voulu créer une œuvre… pleine d'espoir, qui stimule la vie et l'éveil ! Dès le début, m'est venue à l'esprit l'idée des béquilles. Un accessoire qui peut tenir debout sur quelque chose, qui est facile à transporter, qui augmente ou l'empathie ou les préjugés. Un problème technique aussi. J'ai chorégraphié diverses façons d'utiliser ces béquilles afin d'augmenter leur pulsation de vie au fil de l'œuvre et cela a créé comme un répertoire de défis et échecs : les prendre à l'endroit, les tenir à l'envers, marcher avec à l'envers, y suspendre mes vêtements, en faire des échasses, transformer mes béquilles habillées en oiseaux, chevaux… et même croix ou pierres tombales afin de symboliser le passage de toute vie à la mort. Et puis j'ai trié, sélectionné, ordonné… Fail again est une œuvre qui me coûte tant d'énergie, des litres de sueur et de respiration rauque : c'est comme vingt minutes de course folle sans s'arrêter jamais. Un travail tellement dur – et les représentations m'essoufflent tant – que je n'ai pas d'autre choix que de me répéter intérieurement le mantra : « Je peux le faire, je peux le faire je peux le faire ».

Les mois passés à louer une salle de pratique quotidienne, à m'y entraîner seul et tout juger par moi-même, ont été très solitaires et difficiles. Aujourd'hui ils sont mon plus précieux trésor. Au fil des années, les ennuis et les difficultés semblent augmenter de plus en plus. Je rêve que vous voyiez mon travail et en tiriez l'énergie nécessaire à vous relever et avancer encore.




LEE Bo Kyung

1. Le sens que je poursuis par la danse est l'empathie. Dans nos vies quotidiennes, des drames grands ou petits, et joies petites et grandes, surviennent. Tout cela s'intègre au processus de création. Par la transformation en danse, les impressions minimes, les petits mouvements sont éclairés, agrandis, représentés sous une forme augmentée, plus émouvante d'instinct, et les sensations sont plus fortes. La raison pour laquelle j'apprécie de communiquer avec le public par la danse est que la danse que je poursuis n'est pas une danse que je pratique pour me satisfaire, mais un échange naturel et honnête avec les êtres : je ne fais pas semblant, j'essaie d'identifier et exprimer le vrai sens sans mensonge ni embellissement. Une sympathie surgit spontanément alors, qui vient de ce que les souvenirs et les émotions latentes du public, ces images intimes et qui sont à chacun personnelles, se superposent à mes propres souvenirs et images que j'évoque et invoque en dansant. Ils les revivent à travers moi dansant.

Le public se soulage ainsi des mauvaises situations et des souvenirs difficiles par des larmes ou des rires. Comme quand on regarde un film au cinéma et qu'on se sent un peu mieux en sortant, d'avoir ri… ou pleuré. À l'avenir, je continuerai à travailler la danse en « sympathie » afin de toucher le cœur des êtres.


2. Big Mouth II est une histoire sur les “mots” que les gens prononcent. Certaines personnes sont blessées “par des mots”, et d'autres sont rassérénées “par des mots”. Les gens « parlent » si facilement, ignorant les blessures que leurs paroles peuvent infliger.

Comment faire réfléchir ceux qui, sans le savoir ou intentionnellement, ont quelquefois par des mots laissé à d'autres des souvenirs douloureux ? Big Mouth II est une œuvre qui chorégraphie l'idée selon laquelle les mots blessants vous blesseront vous-même un jour… Aussi soyez prudent lorsque vous parlez.




L'édition IV de SoUM

Spectacle Of

Unlimited Movements

se tiendra

les 10 et 11 nov. 2022

au Regard du Cygne

210 Rue de Belleville

75020 Paris

(M° Place des Fêtes

ou Télégraphe)


SOUM 4e édition p.5-11
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2 soirées (20h)

– le 10 novembre,

fruit des résidences

– le 11 novembre,

œuvres au répertoiredes artistes invités


S.O.U.M 4e édition L'édition IV de SoUMganisé par l'association SoUM en partenariat avec Korean Dance Abroad

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