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  • Alain a

7 étapes pour la Traversée des Planches de Kyoung-Mi Kim

Dernière mise à jour : 3 sept. 2023


Crapaud et Lotus, encre noire, 2020

 

« Si la foule que je dessine donne une impression d’uniformité, en réalité, chaque personnage sera différent et aura sa propre personnalité. Un même univers est souvent réinventé en des représentations qui se multiplient, s'enchaînent, se complètent et à la fin s'harmonisent. Il y a donc beaucoup de scènes qui s'enchevêtrent et favorisent la nécessaire immersion du spectateur désireux de comprendre le message qui correspond à l'émotion ou au sentiment principal que je veux exprimer. » Kyoung-Mi Kim



à celles et ceux qui en éprouveraient le désir ou le besoin,

sans autre ambition que celle d'accompagner leur immersion dans l'œuvre

ce petit Vademecum de traversée en sept étapes des planches, simple guide touristique à la façon de Virgile accompagnant Dante à travers l'Enfer puis le Purgatoire, mais le laissant seul et libre (de retrouver Béatrice) et lui-même à l'orée du Paradis.



Crapauds à la piscine, Kyoung-Mi Kim, Looloolook, Paris

1. Dans l'abord, prenez le temps de vous baigner dans l'image comme vous le feriez dans la mer, là dans la prolifération des formes crapaudes et florales, ici cochonnesques ou spatiales, visez les vénustés, reposez-vous aux bouées alanguies de seins épars, accrochez-vous aux vergues et si vous l'osez aux verges, notez la récurrence des rondes, des explosions et des cycles, dans la houle de ces foules perdez-vous, et, peut-être, peu à peu apaisez-vous

2. Souvenez-vous soudain que Kyoung-mi Kim est une artiste lévogyre, pour ainsi dire, et cherchez des yeux sa signature. Lévogyre, autrement dit qu'elle tourne à ce qu'on croit souvent être l'envers — en tout cas à nos yeux accidentés, pardon, occidentaux. Mais elle va, Kyoung-Mi, main & esprit & âme, de droite à gauche plutôt que comme on nous apprend à l'école qu'il faudrait ; certains diront qu'elle va contre mais en réalité, elle dessine et trace pour… (c'est un secret). Un manuel d'histoire simpliste de l'Art – très à la mode par ici – vous ferait faire erreur : il y serait doctement expliqué que le biais gauche-droite est favorable, et que droite-gauche funeste. En réalité cela est en pure correspondance avec la direction de tracé des écritures occidentales et avec l'idée que le futur est devant nous… Ce qui efface (sinon interdit) tout regard en arrière et le boustrophédon, les retours sur soi ou à Ithaque, l'introspection qui ouvre, l'exploration intérieure où découvrir des mondes. lévogyre : phys. qui dévie à gauche le plan de la lumière. chim : se dit de toute substance et spécialement d'un stéréo-isomère faisant tourner vers la gauche le plan de polarisation de la lumière.


3. La signature est douce douce, et aisée à connaître : KMKim ce qui nous dit combien l'artiste est dans nos mœurs – même s'il faut parfois bien la chercher (mmm, pour indice, revenez au point 2 : il arrive ici pour une fois que chercher adroitement c'est regarder vers la droite). Et il se crée là, lorsqu'elle signe, quelque chose de puissant : performatif dirait un linguiste, et peut-être génésique.

Kyoung-mi Kim met un très long temps, on le comprendra, à en terminer avec une de ses merveilleuses planches proliférantes et saturées. Ses images sont tout le contraire de l'instantané. Mais ce par quoi elle finissent, sa signature, serait peut-être bien ce par quoi vous devez re-commencer, ce par quoi votre regard accomplira chemin.

4. Redébutez par là,

aux alentours de la signature, la trame surgit d'emblée

D'une ligne un peu en S, ou tout à fait spiralée, ou qui va de zig en zag, mais qui au sein de chaque œuvre débrouille le fil d'une narration qui occupe et dévore l'espace – tout l'espace : qu'il tienne d'une feuillée [les planches uniques des Crapauds] ou d'une série numérotée [celle des Abattoirs]. Là, votre regard commencera à lire.


5. Retournez donc nager…

…Voyez le particulier au sein de l'universel, la multiplicité de tous les sentiments et émotions imaginables qui font qu'un instant, quel que soit le présent et quelle que soit la fin (la faim ?) puisse toucher, atteindre – aspirer à ? – l'éternité. Savourez la tragédie et goûtez à la joie. Jouissez des plages étendues formées de petits points – grains d'encre comme sable — qui font caresse comme un toucher : toucher terre, toucher chair.

Prenez le temps de vos respirations, le pouls

qui bat en vous


6. Rappelez-vous ce que vous saviez au départ.

Kim Kyoung-Mi fut et est, est et fut, Coréenne. Le cochon lui est fortune, le crapaud peut être bonheur. Surtout, il fait symbiose, et c'est de son labeur que le lotus fait graine, élévation, et fleur. Le crapaud fait tout pour que le lotus naisse, tout pour qu'hors la vase sa pureté nous illumine. Et c'est un dur travail, dont la dureté s'évanouit à mesure que la fleur aimée s'épanouit. Y a-t-il une seule chose, même minuscule, même adamantine, qui soit séparée du reste de l'univers ? Un seul être qui ne soit fait des autres êtres ? D'où provient la beauté ? Quelle est la vraie beauté ?

Reportez-vous au bouddhisme. Conférez tao et inter-être, monde biocosmo-poétique et subaquatique comics


Et si cela vous dit, détournez un brin Basho (japonais, lui, évidemment)

Le vieil étang

Jeune crapaud y plonge —

le Ô de l'eau


7 ! Et enfin… Il y a forcément une septième clef, il est toujours un septième ciel. Pardon de n'en dire mot, là commencent les par-delà singuliers et multiples. Et puis, c'est personnel, privé. La privacy de Kyoung-mi Kim, la clef qui est la mienne,


le ciel qui sera vôtre.

쉿!

Chut…

 

26 juin - 16 juillet

Looloolook Gallery

les lundi, mardi, jeudi, vendredi et samedi

11h - 13h et 14h30 - 19h

+ les mercredi et dimanche sur rendez-vous au 06 19 76 26 74


à voir, lire & plus si affinités

.un regard sur les œuvres exposées,

.exultation du trait, une interview de Kyoung-Mi Kim

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